19 février 2009
Haïti : les routes de la faim
TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN. Chaque jour, des centaines de paysans haïtiens quittent leurs campagnes pour la capitale Port-au-Prince. Poussés par la faim, fuyant la misère des champs pour la misère des bidonvilles.
Les grilles d'entrée ont depuis longtemps été dérobées. Au visiteur qui franchit l'enceinte du parc, il faut une bonne dose d'imagination pour se remémorer le faste originel du lieu. Voici l'histoire surréaliste d'un hôtel de luxe de Port-au-Prince, le Simbie Continental, transformé en moins de vingt ans en un bidonville insalubre, Cité Simbie. Fini le ballet virevoltant des serveurs aux petits soins de touristes lézardant au bord du bassin. En 1986, à la chute du dictateur Jean-Claude Duvalier - « Baby Doc », ce palace trois étoiles fut vandalisé puis laissé à l'abandon. Au fil des ans, les paysans haïtiens venus de leurs campagnes ont squatté ce logement en dur inespéré. Oubliés les tout petits bikinis, c'est désormais la lessive des mères de familles haïtiennes qui sèche au soleil. Dans la cour d'honneur, la charmante tonnelle façon « Club Med » abrite désormais chaque dimanche les prêches d'un pasteur pentecôtiste. L'immense piscine est devenue un cloaque où croupie une eau noirâtre.
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16 mars 2007
HAÏTI : LES PLANCHES DU SALUT
TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN. A Port-au-Prince, plusieurs troupes de théâtre se démènent pour monter leurs pièces. Un refus du fatalisme dans un pays en proie à la violence et la misère.
Une image mieux qu'un long discours. Une petite visite au Théâtre National est la meilleure façon d'observer la déliquescence de l'Etat haïtien. Pour accéder à ce lieu improbable, il faut plonger dans l'agitation et la pollution des quartiers pauvres du bas de la capitale Port-au-Prince, se frayer un chemin entre les étals des vendeuses de rue, longer le cimetière qui héberge aussi bien le repos des morts que le plaisir des vivants. Et toujours être attentif afin d'éviter de se faire écraser. C'est ici à Carrefour Léogâne, à la lisière de Cité l'Eternel, l'un des bidonvilles du bord de mer les plus misérables, que se trouve le théâtre. Construit juste avant la fuite de Jean-Claude Duvalier en 1986, ce bâtiment accueille le plus souvent des assemblées pentecôtistes ou des meeting politiques. Une fois l'enceinte franchie, un simple coup d'oeil permet de se rendre compte du caractère surréaliste de cette salle de spectacle. La fumée noire et l'odeur oppressante des ordures qui se consument dans la ravine voisine s'engouffrent sous le chapiteau ; le bruit mécanique des Tap-Tap, ces taxis collectifs colorés et cabossés, est assourdissant. A l'intérieur, les sièges en plastique sont recouverts d'une fine couche de poussière. Sur la scène, un piano noir est le dernier vestige d'une représentation passée. Quant aux coulisses, elles n'ont jamais été achevées.
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14 septembre 2006
LES RESCAPES DE CEUTA ET MELILLA
TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN. Leurs routes se sont heurtées aux grillages de Ceuta et Melilla. Un an après le nettoyage de la frontière, plusieurs milliers d'Africains survivent au Maroc. Récit de vies clandestines.
Les médias les présentent comme les « migrants subsahariens ». Pour le Coran, ce sont « les enfants de la route ». Un journal de Tanger pointait du doigt ces « criquets noirs » envahisseurs. Au HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés), ce sont des statistiques. Des statistiques qui survivent quelque part au Maroc dans la périphérie des grandes villes à Oujda, Tanger, Nador ou Rabat. Dans la clandestinité, sans existence légale. Il y a un an, les images des télévisions montraient au monde entier le drame des migrants à Ceuta et Melilla. On y voyait des centaines d'Africains s’attaquant à l’aide d'échelles aux grillages de plus de six mètres de haut. Face à eux, les balles de la Guardia Civil espagnole. Les magazines avaient ensuite fait leurs unes sur les corps exténués des clandestins déportés par la police marocaine, errant dans le désert à la frontière algérienne. Un an après, silence radio. Les grillages ont été surélevés, renforcés. La forteresse Europe a donné un tour de clé supplémentaire. Le Maroc est devenu un cul-de-sac pour l'émigrant. La route de l'Europe passe désormais plus au sud en pateras, depuis la Mauritanie ou le Sénégal, via les Canaries. Un drame en éclipse un autre.
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