19 février 2009

Haïti : les routes de la faim

gonaives05.jpgTÉMOIGNAGE CHRÉTIEN. Chaque jour, des centaines de paysans haïtiens quittent leurs campagnes pour la capitale Port-au-Prince. Poussés par la faim, fuyant la misère des champs pour la misère des bidonvilles.  

 

Les grilles d'entrée ont depuis longtemps été dérobées. Au visiteur qui franchit l'enceinte du parc, il faut une bonne dose d'imagination pour se remémorer le faste originel du lieu. Voici l'histoire surréaliste d'un hôtel de luxe de Port-au-Prince, le Simbie Continental, transformé en moins de vingt ans en un bidonville insalubre, Cité Simbie. Fini le ballet virevoltant des serveurs aux petits soins de touristes lézardant au bord du bassin. En 1986, à la chute du dictateur Jean-Claude Duvalier - « Baby Doc », ce palace trois étoiles fut vandalisé puis laissé à l'abandon. Au fil des ans, les paysans haïtiens venus de leurs campagnes ont squatté ce logement en dur inespéré. Oubliés les tout petits bikinis, c'est désormais la lessive des mères de familles haïtiennes qui sèche au soleil. Dans la cour d'honneur, la charmante tonnelle façon « Club Med » abrite désormais chaque dimanche les prêches d'un pasteur pentecôtiste. L'immense piscine est devenue un cloaque où croupie une eau noirâtre. 

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02 février 2009

Restavek, "un pauvre parmi les pauvres"

IMG_1239_2.jpgAMNESTY. Mal nourris, mal traités, mal logés : le sort des 300 000 Restaveks, ces enfants esclaves placés comme domestique en ville, est un indicateur dramatique de la situation d’Haïti. 

 

Leurs mains enfantines sont déjà usées. Les paumes élimées et meurtries, à force de nettoyer, astiquer, éplucher. Difficile pourtant de percevoir l’ampleur de la souffrance derrière ces regards baissés et ces épaules voutées. Le récit de leurs courtes vies est raconté à mi-voix comme si leurs histoires étaient trop lourdes à porter. De tous les maux dont souffre Haïti, la situation des enfants domestiques est sans doute l’une des moins enviables. On les appelle Restavek, du créole « rester avec ». Venus des campagnes haïtiennes, ils travaillent comme domestique au sein de familles d’accueil, dans des conditions proches de l’esclavage. En 2006, un rapport de l’UNICEF en dénombrait 300 000 dans tout le pays. 

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Ouanaminthe, une zone pas très franche

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AMNESTY. La situation dans cette ville frontalière du nord-est est un condensé dramatique des relations d’Haïti avec la République Dominicaine.  

 

Belle journée sur les berges de la rivière Massacre, où plusieurs centaines de femmes s’attèlent à la lessive du jour. A quelques mètres, la zone franche de Codevi s’étire sur 80 hectares, entièrement clôturés par des kilomètres de mur. Dans cette usine d’assemblage textile, 2 600 Haïtiens cousent 11 heures par jour des pantalons Levi Strauss pour un salaire de misère. Un no man’s land du droit du travail, comme dans les Maquiladoras mexicaines. Joseph travaille au sablage des jeans pour 625 gourdes (12 euros) par semaine : « Vous voyez, montre-t-il. L’usine est pile à la frontière. Il y a une entrée côté Haïti pour les milliers d’ouvriers et une autre côté dominicain pour les patrons. »  Cette image résume à elle seule les relations entre les deux pays. D’un côté Haïti engluée dans sa misère noire. De l’autre, la « Rép Dom », son réseau électrique, ses usines à sucre et ses plages à touristes. Le PIB par habitant y est six fois supérieur.  

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