02 février 2009
Restavek, "un pauvre parmi les pauvres"
AMNESTY. Mal nourris, mal traités, mal logés : le sort des 300 000 Restaveks, ces enfants esclaves placés comme domestique en ville, est un indicateur dramatique de la situation d’Haïti.
Leurs mains enfantines sont déjà usées. Les paumes élimées et meurtries, à force de nettoyer, astiquer, éplucher. Difficile pourtant de percevoir l’ampleur de la souffrance derrière ces regards baissés et ces épaules voutées. Le récit de leurs courtes vies est raconté à mi-voix comme si leurs histoires étaient trop lourdes à porter. De tous les maux dont souffre Haïti, la situation des enfants domestiques est sans doute l’une des moins enviables. On les appelle Restavek, du créole « rester avec ». Venus des campagnes haïtiennes, ils travaillent comme domestique au sein de familles d’accueil, dans des conditions proches de l’esclavage. En 2006, un rapport de l’UNICEF en dénombrait 300 000 dans tout le pays.
Premier levé, dernier couché
Les trois-quarts d’entre eux sont des filles. Jessie Melville est originaire du sud. A 16 ans, cette belle jeune femme qui rêve de devenir infirmière a été placée en gage en 2004. « Je suis arrivée à Port-au-Prince à la mort de Papa. Depuis, je n’ai jamais revu ma mère, simplement un coup de téléphone. C’est un « oncle » (un parent proche) de mon père qui m’a trouvé une place. Ma mère ne voulait pas mais la situation chez nous était trop difficile. » Elle enchaine en détaillant son quotidien. « Je me lève à 3h30 du matin. Je dois faire la lessive, la cuisine, le nettoyage, aller chercher l’eau et aider à vendre au marché. Ma famille d’accueil n’est pas très gentille et m’insulte souvent. Je n’ai pas les mêmes vêtements que les garçons de mon oncle. »
Tous les après-midis, Jessie a pourtant le droit de venir au foyer Maurice Sixto. Installé dans un bidonville calme à une dizaine de kilomètres de la capitale, ce lieu ouvert en 1989 scolarise à mi-temps près de 500 Restaveks. Pour ces enfants parfois agressifs, leur accueil nécessite, raconte une éducatrice, un suivi psychologique important pour apaiser le traumatisme du déracinement.
« Un pauvre parmi les pauvres »
Attablé sous la tonnelle du foyer, le fondateur du foyer, le Père Miguel, nous fait partager son expérience, vint ans à côtoyer ce drame quotidien. « Le Restavek est un pauvre parmi les pauvres. Il ne reçoit pas d’argent. Il est mal nourri, maltraité et mal logé. Il se lève avant tout le monde et le soir, c’est le dernier à aller se coucher, le plus souvent sur une simple paillasse. » Le religieux évoque les maltraitances physiques et les abus sexuels dont ils sont victimes au quotidien. Le sort de ceux qui désertent leurs familles n’est pas plus enviable : ils deviendront des Kokorats (parasites en créole), ces gosses des rues qui vivent de mendicité, de vols et de petits boulots.
Longtemps ignoré, le scandale autour de la domesticité des enfants restaveks n’est, aux yeux du Père Miguel, qu’une conséquence dramatique de la crise du monde rural haïtien : « Ici, nous faisons un travail de pompier, mais l’Etat devrait aller à la source du problème. Tant que la paysannerie sera aussi négligée, tant que l’exode rural videra les campagnes pour faire grossir les bidonvilles de Port-au-Prince, il y aura toujours des enfants des rues et des Restavesks. L’Etat doit oeuvrer pour sortir la paysannerie haïtienne de sa condition. Il faut désenclaver les mornes, apprendre aux cultivateurs à maitriser l’eau, développer l’agriculture… » Fin de l’interview. Le Père Miguel, pourtant loquace, laisse planer un long et lourd silence. Brisé, au bout de quelques secondes, par le rire léger d’une petite fille qui monte de la cour du foyer.
Jean Abbiateci
Reportage paru dans la Chronique, la revue d'Amnesty France (février 2009)
08:47 Publié dans La Chronique d'Amnesty | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : haiti


Commentaires
je suis etudiant a l'universite d'etat d'haiti. je veux simplement avoir des documents traitant la problematique des enfants en domesticite. normalement je vous en remercie de tout coeur.
Ecrit par : FLEURIJEAN Pierre Obed | 15 octobre 2009
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