23 octobre 2008

COMMENT GOUVERNE... LE GÉNÉRAL DE ST-CYR

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CHALLENGES. Sans tambour ni trompette, le Général de Lardemelle forme aujourd’hui les officiers aux crises de demain. 

 

Depuis la terrasse qui jouxte son bureau, le Général détaille la géographie des lieux. En contrebas, le Marchfeld, l’immense cour d’honneur où se déroule chaque été le Triomphe de la nouvelle promotion d’officiers, sous la vigilance de la statue de Kleber. Au loin, le camp militaire, 5 400 hectares au sud-ouest de la forêt de Brocéliande. En arpentant ses chemins, on pourra croiser avec de la chance une harde de cerfs, mais plus probablement un groupe de bazars (première année) en manœuvre, boussole en main, famas au poing.


Voici le décor planté : Saint-Cyr-Coëtquidan, un lieu, une histoire. Depuis 2006, le Général Nicolas de Lardemelle gouverne à la destinée de la grande école napoléonienne du commandement. L’homme est pédagogue, entrecoupant ses analyses à la rigueur toute militaire, de métaphores poétiques au vocabulaire alpin : « Former des officiers, c’est comme trouver la bonne trace en ski de randonnée, la plus élégante, celle qui épouse au mieux le terrain… ». Normal : ce chasseur alpin est un montagnard de cœur. « Et un sportif hors-pair », surenchérit admiratif un lieutenant-colonel. « C’est un homme d’action, un fonceur, intéressé par le court et le moyen terme, tandis que son prédécesseur, plus politique, raisonnait sur le long terme », décrypte Alain Wormser, président de la Fondation St-Cyr et patron de la Banque d'Escompte. Depuis deux ans, le Général se passionne pour son rôle de formateur en chef. « Notre matière première, c’est l’humain. Tous ces jeunes qui se livrent à fond sont attachants. » Ce Lorrain de 53 ans affectionne les séances de sport en leur compagnie, manière également de prendre le pouls de ses Saints-cyriens.

 

Décloisonneur

 

Au mur, drapeaux et médailles rappellent l’attachement de l’école à la tradition. Au fil de l’interview, deux mots reviennent : excellence et modernité. Le premier est incontestable. Saint-Cyr jouit d’une aura internationale et d’un savoir-faire militaire reconnu. Les murs où sont gravés les noms d’anciens célèbres en sont les témoins. Quant à la qualité des officiers formés ici, elle a permis l’an dernier à Saint-Cyr d’être choisie pour créer une filiale au Qatar. Coiffant au poteau les Américains de West Point et les Britanniques de Sandhurst.

 

Sa « modernité » fait davantage débat. Saint-Cyr a souvent véhiculé l’image d’une école traditionnaliste, souffrant d’endogamie, plus soucieuse de la préservation de ses rites que de son adaptation au monde réel… Depuis 2000, l’institution a fait des efforts pour s’ouvrir, aussi bien dans son recrutement - davantage de diversité, moins d’enfants de militaires - que dans sa pédagogie. Si les jeunes élèves viennent ici avant tout avec l’envie de « bouffer de la mili (la formation militaire) » - dixit un élève, leur formation académique s’est étoffée.

 

Le Général a participé à ce décloisonnement, en tissant des liens avec la sphère civile. Urgent, analyse-t-il, dans un monde où les crises sont plus complexes et les réponses à apporter plus globales. « Au Kosovo ou en Afghanistan, le lieutenant de 25 ans tout frais sorti de Saint-Cyr devra être en liaison avec d’autres décideurs. Il faut qu’il apprenne à les connaître pour coopérer efficacement ensemble. »

 

Ethique

 

Cette politique s’est faite aussi via des échanges avec les entreprises et les grandes écoles. Intéressés par leur expérience du commandement, des groupes tels que Michelin, La Poste ou Bouygues y envoient leurs cadres en stage. Il y a quinze jours, 85 étudiants d’HEC crapahutaient dans la lande bretonne. Au menu, un cocktail d’épreuves pour tester l’art de la décision en situation difficile. Cas concret : un lieutenant et sa section arrivent en reconnaissance dans un village. Au loin, des ennemis armés. Au milieu, des femmes et des enfants. Question : faut-il ou non ouvrir le feu ? « Dans un contexte déstabilisant, quand le stress vous submerge, quand l’angoisse vous envahit, quand tous les yeux se tournent vers le chef, vous devez aller puiser dans vos références pour prendre votre décision. Ca veut dire qu’en amont, il faut avoir déjà réfléchi. »

 

Le journaliste saute sur l’occasion : commander et manager, même combat ? Sous le feu ennemi ou celui de la concurrence, les qualités d’un leader ne sont-elles pas finalement assez semblables ? L’avis du Général est plus nuancé. Outre l’aspect humain, le Général veut faire toucher du doigt ce qu’il considère comme l’une des valeurs centrales de l’armée : l’éthique. « Le métier militaire force à aborder cette question : est que la fin justifie tous les moyens ? C’est surement là où l’on peut leur apporter notre expérience. Finalement, pour l’entrepreneur ou le manager, le profit est-il la seule finalité ? »

 

Jean Abbiateci

 

Publié dans le magazine Challenges du 23 octobre 2008. Ici en pdf :folder.png

 

 

 

 

 

 

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SA VIE

1954. Naissance à Nancy.

1976. Sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion Lieutenant Darthenay.

1977. Chef de section chez les Chasseurs Alpins

2001. Rejoint l’état-major de l’Armée de Terre, au bureau planification finances

2006. Prend le commandement des écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan.

 

LES ÉCOLES

2 000 officiers formés par an

5 000 résidents dans 365 bâtiments

37 nationalités représentées

13,5 millions d’euros de budget (hors masse salariale)

 

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Crédit photo : CC Ogaudemar

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