26 janvier 2008

LES AFRICAINS DU "MADE IN" CHINA

edc775e9184c0984852d3f9a981c0dea.jpgALTERNATIVES ECONOMIQUES. A Canton, plusieurs milliers d'Africains viennent ici faire des affaires. Dans l'Usine du Monde, ils viennent acheter ici des motos, du textile ou du matériel de construction. Reportage.

 

A Canton, le Canaan Center, paradis du jean contrefait, s'étend sur trois étages quadrillés de minuscules boutiques. Dans l'une d'elles, Alain, ancien chaudronnier camerounais, entame en souriant une négociation à couteaux tirés avec la patronne chinoise. Ses outils : quelques mots d'anglais et une calculette. Depuis six ans, il vient ici tous les automnes. Cette année, il compte acheter 4 à 5 ballots, soit 5 000 pièces. Convoyés par une société de transport maritime chinoise, ses pantalons arriveront sur le marché de Douala pour les fêtes. Un jean acheté 50 yuans (5 euros) sera revendu 5 000 Francs CFA (8 euros). Alain, lui, passera les fêtes ici.


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Un commerçant noir en Chine : un autre visage des relations sino-africaines, moins connu que l'explosion des investissements chinois en Afrique, notamment dans les secteurs miniers et pétrolier. A Canton vivent environ 7 000 Africains venus faire de l'import-export. Les pionniers sont arrivés dans les années 80 à Hong-Kong. Aujourd’hui, comme Alain, ils s'approvisionnent directement en Chine continentale dans l' « Usine du Monde ». A la Foire de Canton 2007, le plus grand marché planétaire, 16 000 acheteurs noirs (+ 73 % en un an) avaient fait le voyage. Dentifrice, textile, pesticides, contrefaçons de maillots de foot... « On achète tout, sauf de la nourriture », explique Ibrahima avec une grimace explicite. Ce Guinéen fait faire ici des copies de boubous traditionnels. Son compatriote Kaka Abou est arrivé à Canton en 2003 après avoir fait faillite dans la pierre précieuse. Avec son frère à Conakry, ce quadragénaire exporte des motos et du matériel de construction. Son Q.G. : le Tianxiu Building, une immense tour de babel multi-éthnique ceinturée par plusieurs restaurants halal. Un petit air d'Africatown ! Sa secrétaire chinoise, surnommée Mamaye, négocie pour lui avec les propriétaires des manufactures de Shenzhen. « Avec la Chine, c'est une relation d'amitié. Pas comme avec l'Europe par qui nous sommes liés à cause de notre histoire tumultueuse et obligés d'avancer ensemble », analyse-t-il. Une amitié avec ses limites. Beaucoup d'Africains rencontrés évoquent très vite leurs difficultés pour renouveler leur visa. Parmi leurs doléances, le renforcement des contrôles d'identité de la police, avec à la clé un séjour en prison assorti d'un rapatriement. Austin, un Ghanéen, tente une explication : « c'est pour assainir la situation avant les Jeux Olympiques, pour éviter de voir trop de noirs à la télévision ».

 

Jean Abbiateci

 

Reportage paru dans Alternatives Economiques, février 2008

 

Photo : Julien Tack

 

 

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