A Canton dans le sud de la Chine, plusieurs milliers d'Africains viennent ici faire des affaires. Dans l'Usine du Monde, ils viennent acheter ici des motos, du textile ou du matériel de construction. Reportage.
A Canton, le Canaan Center, paradis du jean contrefait, s'étend sur trois étages quadrillés de minuscules boutiques. Dans l'une d'elles, Alain, ancien chaudronnier camerounais, entame en souriant une négociation à couteaux tirés avec la patronne chinoise. Ses outils : quelques mots d'anglais et une calculette. Depuis six ans, il vient ici tous les automnes. Cette année, il compte acheter 4 à 5 ballots, soit 5 000 pièces. Convoyés par une société de transport maritime chinoise, ses pantalons arriveront sur le marché de Douala pour les fêtes. Un jean acheté 50 yuans (5 euros) sera revendu 5 000 Francs CFA (8 euros). Alain, lui, passera les fêtes ici.

Un commerçant noir en Chine : un autre visage des relations sino-africaines, moins connu que l'explosion des investissements chinois en Afrique, notamment dans les secteurs miniers et pétrolier. A Canton vivent environ 7 000 Africains venus faire de l'import-export. Les pionniers sont arrivés dans les années 80 à Hong-Kong. Aujourd’hui, comme Alain, ils s'approvisionnent directement en Chine continentale dans l' « Usine du Monde ». A la Foire de Canton 2007, le plus grand marché planétaire, 16 000 acheteurs noirs (+ 73 % en un an) avaient fait le voyage. Dentifrice, textile, pesticides, contrefaçons de maillots de foot... « On achète tout, sauf de la nourriture », explique Ibrahima avec une grimace explicite. Ce Guinéen fait faire ici des copies de boubous traditionnels. Son compatriote Kaka Abou est arrivé à Canton en 2003 après avoir fait faillite dans la pierre précieuse. Avec son frère à Conakry, ce quadragénaire exporte des motos et du matériel de construction. Son Q.G. : le Tianxiu Building, une immense tour de babel multi-éthnique ceinturée par plusieurs restaurants halal. Un petit air d'Africatown ! Sa secrétaire chinoise, surnommée Mamaye, négocie pour lui avec les propriétaires des manufactures de Shenzhen. « Avec la Chine, c'est une relation d'amitié. Pas comme avec l'Europe par qui nous sommes liés à cause de notre histoire tumultueuse et obligés d'avancer ensemble », analyse-t-il. Une amitié avec ses limites. Beaucoup d'Africains rencontrés évoquent très vite leurs difficultés pour renouveler leur visa. Parmi leurs doléances, le renforcement des contrôles d'identité de la police, avec à la clé un séjour en prison assorti d'un rapatriement. Austin, un Ghanéen, tente une explication : « c'est pour assainir la situation avant les Jeux Olympiques, pour éviter de voir trop de noirs à la télévision ».
Jean Abbiateci
Reportage paru dans Alternatives Economiques, février 2008
Photo : Julien Tack
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