07 janvier 2008

TRAVAILLER À... HONG-KONG

045681542641bb053dbd007dfaf3aebd.jpgLE PARISIEN. Avec 7 000 de nos ressortissants, Hong-Kong héberge la plus grosse communauté française d'Asie. Ses atouts économiques : son libéralisme total et sa position, adossée au marché chinois.


 
Un petit jeu de piste pour débuter ce reportage : où se cache les traces de la présence de l'économie française au milieu des gratte-ciel de Hong-Kong ? Facile ! Commençons par lever les yeux. Perchée à plusieurs centaines de mètres, l'enseigne de la Société Générale fait face à celle de Sita, la filiale déchets du groupe Suez. Pour rejoindre Central, l'équivalent de la City londonienne, empruntons l'escalator extérieur le plus long du monde (800 mètres !) conçu par la CNIM (Constructions Industrielles de la Méditerranée). Dans les rues commerçantes, impossible de rater les immenses enseignes françaises de luxe, Vuitton, l'Oréal ou Hermès. Engouffrons-nous dans le métro. Les parkings souterrains sont gérés par Vinci. Son concurrent Bouygues y construit des tunnels. Dans la station Tsuan Wan, une grande fresque a été réalisée par Opiocolor, une PME du sud de la France. Avec 600 entreprises présentes, la France et son savoir-faire s'exportent de plus en plus ici. 

A la conquête de la Chine 

 

Il faut dire que Hong-Kong a su se rendre attirante. Cette colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997 a un statut particulier, celui de « région administrative spéciale ». Ici, c'est la Chine sans être réellement la Chine. C'est un paradis fiscal et l'endroit le plus libéral du monde. Et ce grâce à ses exonérations de charges et d'impôts et un cadre juridique tellement souple qu'il est possible de créer une entreprise en quelques heures. Ici, tout se fait très vite. Comme l'illustre Christian Régis, cadre supérieur à la Fimat (Société Générale). « Tout récemment, on a refait les locaux. Là où il aurait fallu plusieurs semaines en France, ici, cela a pris quelques jours. 50 ouvriers sont venus travailler le week-end dans le bureau, et c'était réglé », nous raconte-t-il. Ajoutez à cela un droit du travail plutôt mince et des embauches qui se font aussi rapidement que les licenciements. Un rêve de patron, un cauchemar de syndicaliste !
 

Outre sa fiscalité libérale, Hong-Kong attire les entrepreneurs français par sa position stratégique, adossée à la Chine et à son marché... soit des centaines de millions de futurs consommateurs à qui vendre des produits et des services. Mais les Chinois sont également une main d'oeuvre bon marché. A une heure de route se trouve la province du Guangdong, le coeur industriel du « Made in China » d'où sortent des jouets, les vélos et les vêtements du monde entier. Un eldorado pour nos chefs d'entreprises à la recherche de fournisseurs ? Pas si simple. Philippe Neveu est responsable de la commission PME de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française de Hong-Kong. Arrivé il y a 14 ans pour ouvrir le bureau d'une PME de la Drôme, il s'est lancé en solo après la crise financière de 1997. Il importe et exporte des matériaux de construction. Cet entrepreneur multi-casquettes se veut prudent quand il évoque l'eldorado chinois. « Une PME française qui veut faire des affaires en Chine doit se demander si son marché est mûr. Deuxième chose, ce n'est pas forcément évident de trouver les bons partenaires. On a beaucoup parlé dans les médias des déboires de Danone mais je connais beaucoup d'entrepreneurs qui se sont fait rouler par leurs fournisseurs ». Ainsi, pour les PME françaises tentées par l'aventure chinoise, le statut d'Hong-Kong reste sécurisant pour installer leurs bureaux d'achat : des contrats respectés, un risque de copie moins important, pas de lourdeur bureaucratique.
 

Des opportunités pour les jeunes

 

Côté salariés, ce sont les opportunités professionnelles qui en font une destination de plus en plus prisée notamment par les jeunes. « Il y a dix ans, tous mes élèves voulaient aller aux Etats-Unis ou en Angleterre. Aujourd'hui, c'est la ruée vers l'Asie », raconte un professeur français d'une école de commerce. Au trentième-cinquième étage d'un gratte-ciel se trouvent les locaux de la Fimat. De la trentaine de salariés de 1986, on en dénombre près de 200 aujourd'hui, dont 15 % de français. Et beaucoup de jeunes. A Hong-Kong, la moyenne d'âge des Français est de 35 ans. « Un jeune qui viendra travailler quelques années ici, ce sera pour lui une bonne expérience sur un CV, facile à valoriser pour se faire embaucher ensuite dans une PME », explique Ollivier Ramus, directeur chez Suez. Son tuyau : profiter du volontariat international, réservé aux moins de 28 ans. Environ 200 V.I.E (volontaires internationaux en entreprise ) vivent ainsi dans la ville. Pour cette jeunesse française, Hong-Kong offre en échange de journées de travail bien remplies des salaires et des responsabilités professionnelles qu'ils n'auraient forcément pas eus en France. Mais également, nous ont-ils confié, des opportunités amoureuses. Soudée, la communauté française, à 60 % célibataire, se retrouve volontiers le soir dans les bars branchés de Central....
  
 
Jean Abbiateci
 
 

Dossier paru dans Aujourd'hui en France / Le Parisien Economie du 7 janvier 2008. L'article complet est disponible en version pdf ici

 

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