14 mars 2007

HAÏTI : LES RATÉS DE LA SCOLARISATION

medium_cover_ECOLE1.jpgA peine plus d'un enfant sur deux est scolarisé dans le primaire et un sur cinq dans secondaire. Les ressources matérielles et la formation des enseignants font défaut.

 

Font-des-Nègres, début d'après-midi. Une petite commune perdue au pied des mornes (montagnes) du sud du pays. L'école de Victor, une succession de minuscules cabanes en bois, est plantée là sur une butte entourée de champs de canne à sucre et accessible après plusieurs kilomètres de piste cahoteuse. 130 élèves âgés de 6 à 15 ans suivent les cours du matin. Sur les pupitres, les manuels sont rares. Une partie du matériel a été fourni par l'ONG Aide et Action. Pour arriver jusqu'ici, certains élèves doivent marcher près d'une heure. Seul un tiers des enfants de la zone y viennent, estime son directeur. Cette école est publique : les frais de scolarité sont très peu élevés (2 euros) mais restent malgré tout dissuasifs. Rodner, 15 ans, un jeune homme poli et timide, achève sa scolarité ici : « Je suis passionné par les sciences et la mathématiques, mais je ne pourrais ne pourra pas poursuivre à l'école presbytérale, mes parents n'ont pas assez d'argent. » Les professeurs, eux, n'ont pas été payé depuis plusieurs mois.

Frais de scolarité prohibitifs 

 

 

 

En Haïti, le système éducatif public est à l'image de l'Etat : exsangue. A peine plus d'un enfant sur deux est scolarisé dans le primaire et un enfant sur cinq dans le secondaire. 90 % de l'offre éducative est non-publique. L'enseignement catholique a capitalisé sur son expérience en matière de scolarisation depuis le Concordat de 1860. Aujourd'hui encore, ses institutions sont reconnues pour la formation de ses instituteurs, même si les conditions d'enseignement dans les écoles paroissiales en milieu rural restent difficiles. La situation des 5 500 écoles protestantes d'Haïti est plus contrastée. « De part leur organisation en réseau, les Méthodistes et les Adventistes ont par tradition des écoles de bonne qualité. La situation des écoles pentecôtistes et même baptistes est plus hétérogène », explique Lunise Cerin, directrice de la FONHEP, une fondation qui regroupe notamment la FEPH (Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti) (1). « De manière générale, les écoles catholiques ont souvent une logique plus qualitative alors que les protestants privilégient l'accès au plus grand nombre ». Dans le secteur laïque, on trouve également du bon mais surtout du moins bon. Les établissements qui répondent à des logiques purement financières sont gérés par des anciens professeurs découragés ou des directeurs rarement mieux formés que leurs élèves. Quand aux écoles communautaires, elles accueillent les plus pauvres dans des conditions minimalistes.

 

Pour les élèves, la scolarité est jalonné de problèmes matériels. Claire Le Bolzer, détachée par l'ONG française Défi, forme les enseignants locaux en sciences. Elle évoque « les classes surchargées, les professeurs absents, les coûts d'inscription prohibitifs ». « Certains parents ne préfèrent pas mettre leurs enfants en classe s'ils n'ont pas des chaussures neuves et un uniforme complet », explique-t-elle. Le manque de formation des enseignants est également criant. Et l'Etat n'a quasiment aucun moyen réel de contrôle pédagogique. Et quand bien même... « Comment voulez-vous exiger du secteur non-public qu'il réponde à nos critères quand nos écoles publiques sont encore pires ? », regrette dépité Jacques-Yvon Pierre du Ministère de l'Education chargé des relations privé-public. En dépit de leur faible niveau, ces établissements ont le mérite d'être présents dans des zones reculées (milieu rural) ou oubliées (bidonvilles). Là où l'Etat est absent.

 

Jean Abbiateci

 

Reportage photos : Julien Tack 

 

Reportage paru dans Réforme du 29 mars 2007. Le reportage complet sur Haïti est disponible ici

 

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