15 mars 2007

L'APPRENTI MEUNIER DEVENU MISSIONNAIRE

medium_Sioh2.jpgAndré Siohan est missionnaire à Haïti au sein de la congrégation des Pères de Saint-Jacques. Il est le témoin impuissant de l'extrême pauvreté le pays.

 

Un mardi matin à la Paroisse Saint-Antoine, un quartier populaire non loin du centre de Port-au-Prince. Le père André Siohan discute en créole avec Gaby, le vicaire haïtien. Depuis la terrasse, la vue embrasse les bidonvilles de la capitale. Deux millions d'habitants vivent là dans une immense misère. De l'église voisine où se déroule la messe, on entend monter des voix puissantes. Ici, le père André est chez lui. A son arrivée en 1999 chez les Pères de Saint-Jacques d'Haïti, ce prêtre finistérien a oeuvré durant trois ans dans cette paroisse, s'occupant notamment du foyer Caritas pour les enfants des rues.


Comment cet apprenti meunier est-il devenu missionnaire ? A 43 ans, « Père André » comme tout le monde l'appelle, raconte son itinéraire atypique d'une voix posée et apaisante. En 1986, âgé de 23 ans, il débarque en Haïti comme volontaire. C'est la fin de la dictature de Jean-Claude Duvalier, « Baby Doc ». Dans le pays, l'euphorie est grande, l'espérance également. Quand André revient en 1999 comme prêtre missionnaire, la situation est totalement différente. « Ce qui m'a frappé avant tout, c'est la multiplication des bidonvilles dans la capitale à cause de l'exode rural. » La pauvreté a explosé au fil des crises politiques et économiques. « Haïti est aujourd'hui un pays à la dérive, sans capitaine. On a le sentiment d'un immense gâchis humain », juge-t-il dépité.

 

Pas de garde armé

 

Dans un autre quartier plus calme de la capitale, on pénètre dans la maison régionale des Pères de Saint-Jacques, dont la maison-mère est située à Landiviseau. Malgré les 9 000 kilomètres qui les séparent, le lien historique entre Haïti et la Bretagne est très étroit. En 1860, la jeune République noire avait signé un concordat avec le Vatican. Dans les décennies suivantes, 2 500 prêtres bretons étaient partis évangéliser le pays, rêvant d'y bâtir une « Bretagne Noire ». Aujourd'hui, la situation est complètement différente. Les treize Pères de Saint-Jacques tentent d'apporter un peu d'aide au jour le jour, sans trop d'illusions sur l'avenir d'un pays enlisé, en proie à la violence des gangs... Les bâtiments de la maison régionale ont été plusieurs fois la cible de voleurs mais le père André s'est toujours félicité de n'avoir jamais cédé à la tentation d'embaucher des gardes armés, une solution pourtant courante.

 

Autour du repas de midi, chacun raconte son histoire. Originaire de Bréal-sous-Montfort, le Père Janin, venu ici en 1962, relate mi-sérieux mi-gouailleur ses différentes mésaventures avec le régime des Duvalier. Le père André est l'un des derniers arrivés. Directeur des séminaristes, il s'occupe notamment de l'aumônerie étudiante et de l'accueil des coopérants. Il ne manque pas d'humour quand il évoque les soucis téléphoniques de la maison régionale. Trois lignes sont nécessaires pour être à peu près sûr d'être joint au téléphone. Les réseaux téléphoniques sont la plupart du temps défectueux. Ajoutées à cela les routes défoncées et les coupures quotidienne d'électricité. « A Haïti, le manque d'infrastructures est criant. Quand je rentre dans le Finistère, ce qui m'émerveille toujours, c'est de voir des routes entretenues et goudronnées, même dans les plus petits villages. »

 

Jean Abbiateci

 

Portrait paru dans Ouest-France du 16 février 2007 

 

Crédit photo : Julien Tack

 

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