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12 novembre 2006
URBANISTE : INVENTER LA VILLE DE DEMAIN
Concertation avec les habitants
Sur le terrain, ce professionnel doit composer avec les compétences des différents acteurs : juriste, géographe, ingénieur, sociologue,... « Pour un jeune urbaniste, il faut garder à l’esprit que les motivations des élus, des professionnels et des habitants sont très variées et parfois opposées », explique Pascal Deschamps, âgé de 27 ans et employé dans une collectivité locale d'Auvergne. « Je ne me rendais pas compte du temps et de l'investissement que ce travail demande humainement ». L'urbaniste est également en prise directe avec les grands questionnements du quotidien : les transports, l'environnement, la sécurité, l'intégration…
S'il travaille avec les élus, l'urbaniste est d'abord et avant tout au service des habitants. La concertation joue (ou devrait jouer) un rôle particulièrement important, notamment lors des opérations de renouvellement urbain. Comme à Metz, dans le quartier de Metz-Borny, dans le cadre d'un Grand Projet de Ville visant à introduire plus de diversité et une plus grande mixité sociale. « Dès le début, la participation des habitants a été centrale. Le dispositif participatif s'est ensuite enrichi au gré de l'avancement du projet avec des conseils (des résidents, des sages, des jeunes) et un comité de quartier », témoigne Dominique Lebesson, directrice du GIP-GIV. A Colmar, ce sont des habitants relais qui ont servi d'interface avec les urbanistes dans la rénovation du quartier Europe. A Lyon, une association de professionnels, Robins des Villes, oeuvre dans le processus de concertation pour « récolter la parole de l'ensemble des habitants, notamment des « sans voix» habituellement absents des instances participatives traditionnelles ».
Un urbaniste compétent se doit d'inscrire son travail dans un cadre législatif strict, qui englobe la politique de la ville, la rénovation urbaine et le respect de l'environnement. « La complexité des dossiers à remplir en fait un métier de technicien. L'urbaniste doit être en veille continuelle, notamment au niveau juridique », précise Béatrice Mondain-Monval.
Lutter contre l'exclusion
Mais il faut également savoir se projeter dans l'avenir. Et anticiper les conséquences sociales des aménagements urbains. La crise des banlieues de l'automne 2005 a mis en exergue tout le travail qu'il reste à accomplir dans les années à venir. Le défi : conjuguer la rénovation urbaine avec la mixité sociale et la lutte contre l'exclusion. « On ne peut régler les problèmes d'un quartier en raisonnant dans les limites étroites de ce quartier. Je prends l'exemple de la cité Dubuisson, à Metz-Borny, qui s'étend sur 15 hectares. Nous avons travaillé sur une zone de 200 hectares qui comprenait aussi un ancien village, des petits immeubles sans problème, un centre commercial, un parc, un pôle universitaire, des écoles, etc. A cette échelle, l'urbaniste peut travailler intelligemment sur les déplacements, l'emploi, les équipements publics... », expliquait en novembre dernier le Grand Prix de l'Urbanisme 2005 Bernard Reichen (1). En plus d’être un technicien, l'urbaniste doit donc être en phase avec son époque. « Aujourd'hui, c'est la société qui change plus vite que l'espace. Pour les urbanistes, ce n'est pas facile. »
Jean Abbiateci
(1) L'Express, 1er décembre 2005. A lire également, le dossier « Mobilité(s)/Exclusion(s) de la revue Urbanisme, mars-avril 2006.
« L'urbaniste raconte une histoire »
Jean-François Champeaux est urbaniste à Rennes dans un bureau d'étude privé. Il travaille actuellement sur un projet de rénovation de la place principale de Chantepie, une commune de l'agglomération rennaise. « La dimension sociale doit et devrait être à la base de tout dans le travail de l'urbaniste. Notre but premier : faire vivre ensemble les habitants, d'un immeuble, d'un quartier, d'une ville. Pour cela, l'urbaniste doit s'adresser à tous. Nous sommes des techniciens, nous devons pouvoir faire des analyses correctes et éclairer les différents acteurs (élus, promoteurs...) dans leurs prises de décisions. C'est parfois difficile ; dans mon travail, je suis obligé à la fois de me projeter dans le futur, sans pour autant avoir un pouvoir de visionnaire. Je ne suis pas Dieu ! Je dois également inscrire mon projet dans le passé. Je crois que l'urbaniste raconte une histoire. Pourtant, une fois livré, le projet ne nous appartient plus, il faut que les gens puissent se l'approprier. C'est pourquoi je pense qu'un bon urbaniste doit être à la fois modeste et humaniste. Et peut-être un peu poète également ! »
Pour plus de renseignements, le site du Société Française des Urbanistes est très complet : www.urbanistes.com.
Dossier paru dans Tess (Travailler pour l'économie sociale et solidaire), novembre 2006
09:45 Publié dans TESS (Territorial) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : urbaniste, urbanisme, exclusion, concertation


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