03 septembre 2006

AÏCHA ECH-CHANNA, PASIONARIA DES FILLES-MERES

Présidente de l'association Solidarité Féminine, Aïcha Ech-Channa se bat depuis plus de vingt ans pour la reconnaissance des mères célibataires marocaines.

 

Un combat commencé dans un cri. Aïcha Ech-Channa est une femme qui ne cède pas à la fatalité mais qui croit volontiers au destin. Elle ne doute pas que c'est donc un signe que celui-ci lui a adressé ce jour-là. Elle le raconte de sa voix douce, à mots et à coeur ouvert. « Je venais d'être mère pour la première fois et je reprenais tout juste mon travail. J'étais dans le bureau d'une de mes collègues assistantes sociales. Une jeune femme est là, assise, qui donne le sein à son enfant. L'assistance sociale lui fait signer un acte d'abandon. Et soudain, on lui arrache le bébé, le lait gicle du sein. Et ce cri de l'enfant ! Jamais de toute ma vie, je ne pourrais l'oublier. »


" Les grossesses de la honte "

 

Cette ancienne assistance sociale et sanitaire, pionnière du planning familial, a été la première à s'intéresser à la situation des mères célibataires au Maroc en créant en 1985 l'association Solidarité Féminine à Casablanca. Dans un pays où « l'honneur des jeunes filles est entre leurs jambes », une femme enceinte hors mariage est une paria. Au yeux de la loi, qui la considère comme une prostituée. Aux yeux de la famille, qui la renie le plus souvent, même en cas de viol. Aux yeux du père biologique qui la plupart du temps refuse de reconnaître l'enfant.

 

Solidarité Féminine aide ces mères exclues, âgées de 15 à 35 ans, à se réinsérer dans la société en leur proposant durant trois années un emploi et une formation. A Casa, l'association gère ainsi plusieurs cantines, un hammam, une salle de sport, un salon de coiffure, tous tenus par les jeunes mamans. Pendant ce temps, une crèche s'occupe des petits. « Elles arrivent chez nous les épaules voûtées, le regard baissé. Et ici, petit à petit, elles osent lever les yeux. » Faiza, Rachida, Hannane : 58 mères travaillent ici au centre. Une goutte d'eau dans l'océan. En 2003, on dénombrait dans le grand Casablanca près de 5 000 mères célibataires, dont 1 800 auraient dû abandonner leur enfant. Un chiffre sans doute bien en-deçà de la réalité. Et pour ces jeunes filles marginalisées par « leur grossesse de la honte », les dangers sont multiples. « Il y a le réseau classique de la prostitution. Il y aussi le réseau de vente de nourrissons. Les petites filles sont très demandées. Ceux qui aident la maman sont souvent ceux qui tentent ensuite de lui enlever son enfant. »

 

Et puis il y a la violence et la barbarie. Lundi matin, 10h. Dans l'agitation du bureau de l'association, l'ambiance est détendue, on plaisante volontiers. Et puis, un coup de téléphone et la violence revient comme un boomerang. La police vient d'amener une jeune mère avec ses deux enfants au siège de l'association. Sur la photo transmise par les autorités, un jeune visage déchiré par la lame d'un couteau. La joue gauche écorchée dévoile la chair à vif. Ces scènes, Aïcha en faisait déjà le récit dans « Miséria », des histoires poignantes de jeunes filles violées, de mères rejetées, d'enfants abandonnés.

 

 

Combat contre l'hypocrisie

 

Depuis, du chemin a été parcouru dans cette « drôle d'aventure. » Un chemin semé d'embûches. Parce que s'intéresser au sort de ces filles mères, c'est entrer en résistance. Contre les traditions. Contre les prêches de plusieurs imams islamistes qui ont fait d'Aïcha Ech-Channa la défenseure des « dépravées. » Contre l'hypocrisie, lorsque « les médecins recousent à la demande les hymens pour les certificats de mariages. » Aïcha ne compte plus les visites dans les familles, chez le père, parfois la peur au ventre. Ni les nuits blanches. Mais en échange de moments d'espoirs. Comme ce matin où un papa vient reconnaître sa petite fille. L'association milite d'ailleurs en faveur de l'utilisation de l'ADN pour la reconnaissance du père.

 

A 65 ans, le combat de cette femme pour les filles-mères l'a propulsée comme le fer-de-lance d'une société civile marocaine en pleine émergence. En 2003, la réforme de la Moudawana, le code de la famille, lui a laissé un sentiment mitigé. Si le contenu du texte a peu fait évoluer la situation de la mère célibataire - le père peut (mais n'est pas obligé) reconnaître son enfant sans être devoir d'épouser la mère -, elle y a voit un signe fort d'une volonté de changement. « Le roi a reçu dans la salle du trône les associations de femmes. Pour la première fois. » Reste pour Aïcha le moment où il faudra passer la main. La tentation d'abandonner le navire l'a saisie. Souvent. L'épuisement également, à côtoyer la souffrance de ces femmes d'aussi près. Elle raccrochera un jour. Mais pas tant que ses songes seront hantés de jeunes mères sans visages et de dizaines d'enfants qui s'accrochent à ses jambes.

 

Jean Abbiateci

 

Publié sur Basta www.bastamag.org

Commentaires

merci pour tout ce que cette ideale femme fait pour le bonnheur des meres et meres et surtout des enfants.
ma question c'est que : est ce que vous pouvez aides les femmes divorcées en mauvaise situation?
la situation : femme divorcée en 1992 avec 2 enfants. le mari a disparu pendant 14 ans sans se charger d'aucune responsabilité'immegré en espagne). il a apparu le mois d'avril 2006 pour demander les excuses sans presenter des motifs. comme toute mere, elle a accepter les excuses pour le bien de ses enfants, elle est devenue sa femme pour la 2eme fois mais malheureusement, il l'a triché et il a triché ses deux enfants qui ne sont plus des enfants, 22ans et 18 ans . le pere n'a subit aucun jour de responsabilité durant toutes ces années. aprés 4 mois d'abscence il lui a telephoné pour dire qu'il ne veut ni femme ni enfants. svp est ce que la loie peut faire face à cette situation. merci pour votre collaboration.j'attends votre reponse le plutot possible.merci infiniment.je suis préte à toute autre explication

Ecrit par : hayat | 05 septembre 2006

Voilà les coordonnées de l'association à Casablanca

ASSOCIATION SOLIDARITE FEMININE
10 rue Mignard, quartier Palmier
Casablanca
Maroc
Téléphone : 022 25 46 46
email : solidaritefeminine@atlasnet.net.ma

Ecrit par : Abbiateci | 06 septembre 2006

Bravo pour avoir donné une vraie place à ce livre étonnant...que je découvre par liens successifs grâce au net!
Bravo, parce qu 'il témoigne d'une urgence qu'on a éliminée en France : protéger les mères qui attendent un enfant de manière imprévue et/ou dangereuse, au lieu de supprimer le problème en supprimant le petit!
Bel exemple d'humanité qui fait défaut à notre civilisation individualiste et suicidaire...
Merci

Ecrit par : une maman à Paris | 05 octobre 2006

انا فخورة بالسيدة عائشة اتمنى لها الاستمرار فى عملها الانسانى .اطلب منكم بعض المعلومات للاتصال لانه امامى حالة امراة بطفلين اوشكا على التشرد ولكم منى جزيل الشكر.

Ecrit par : فاتحة الشرقاوى | 28 mars 2007

merci infiniment pour tout.vous etes vraiment une femme extraordinaire.j'espere pouvoir travailler avec vous un jour.

Ecrit par : fouzia | 20 janvier 2009

tfou 3la mawdo3 kidayar bhal wjahkom waka machtoch yal kadaba


kandhak m3akom
merci

Ecrit par : ussama | 19 novembre 2009

bonsoir,
jai jamais conu cette femme,mais d'apré le programme d'aujourd'hui a la chaine 2M je suis tré contente d'avoir trouver une femme comme Mme AICHA,vrmt c une femme courageuse
je vs souhaite une bonne continuatio,bravo

Ecrit par : hind | 26 novembre 2009

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