14 septembre 2006

LES RESCAPES DE CEUTA ET MELILLA

TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN. Leurs routes se sont heurtées aux grillages de Ceuta et Melilla. Un an après le nettoyage de la frontière, plusieurs milliers d'Africains survivent au Maroc. Récit de vies clandestines.

 

Les médias les présentent comme les « migrants subsahariens ». Pour le Coran, ce sont « les enfants de la route ». Un journal de Tanger pointait du doigt ces « criquets  noirs » envahisseurs. Au HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés), ce sont des statistiques. Des statistiques qui survivent quelque part au Maroc dans la périphérie des grandes villes à Oujda, Tanger, Nador ou Rabat. Dans la clandestinité, sans existence légale. Il y a un an, les images des télévisions montraient au monde entier le drame des migrants à Ceuta et Melilla. On y voyait des centaines d'Africains s’attaquant à l’aide d'échelles aux grillages de plus de six mètres de haut. Face à eux, les balles de la Guardia Civil espagnole. Les magazines avaient ensuite fait leurs unes sur les corps exténués des clandestins déportés par la police marocaine, errant dans le désert à la frontière algérienne. Un an après, silence radio. Les grillages ont été surélevés, renforcés. La forteresse Europe a donné un tour de clé supplémentaire. Le Maroc est devenu un cul-de-sac pour l'émigrant. La route de l'Europe passe désormais plus au sud en pateras, depuis la Mauritanie ou le Sénégal, via les Canaries. Un drame en éclipse un autre.


Pourtant, ils sont encore plusieurs milliers à être coincés au Maroc. Des Nigériens, des Congolais, des Guinéens, des Sénégalais, des Rwandais. Une immigration par vagues, comme les répliques des séismes économiques et politiques qui ébranlent le continent africain depuis une décennie. Pour arriver en Europe, tous retenteront leur chance. Certains passeront, comme d'autres avant eux. D'autres mourront, comme d'autres avant eux. En attendant, tous survivent ici dans une misère noire. Sans aucun droit. Sans travail. Sans possibilité de partir. Sans moyen de retour. Sans destin.

 

Au pied des grillages

 

Placide Nzeza fait parti de ces « sans-destin. » Ce Congolais est le président du conseil des migrants subsahariens, une association clandestine née au pied des grillages de Ceuta, dans la forêt de Ben Younès. Là, des milliers de migrants avaient établi leur campement de fortune, en attendant de trouver la bonne occasion. Aujourd’hui à Rabat, quand Placide reçoit au nom du conseil, c'est dans une petite pièce nue et humide d'un immeuble délabré de Takaddoum, un quartier populaire de la capitale. Une vingtaine de personnes partagent deux pièces et un bout de couloir. En montant l'escalier se dégagent des odeurs d'oignons frits et de savon. Au mur, des versets de la bible sont placardés. Marc, 9:23 : « Tout est possible à celui qui croit. » Les fenêtres sont closes, pour ne pas éveiller les soupçons. Placide est méfiant : il y a quelques mois, des policiers marocains sont venus l'emmener pour le passer à tabac, l'ont forcé à boire son urine pour l'abandonner dans une forêt. Un berger l'a aidé. Depuis, il est sur le qui-vive.

 

Placide a déplié sur le sol froid une grande carte de l'Afrique, sur laquelle il trace du bout du doigt son histoire. Trois années d'exil, d'errance. A Kinshasa, cet électromécanicien de 40 ans travaillait pour l'Office National du Transport. Réquisitionné par les forces de police, il a refusé d'aller combattre dans l'est du pays. Au Congo, la désertion est punie de mort. Le 24 janvier 2003, il fuit en traversant le fleuve Congo. Il laisse dernière lui sa femme et son pays. Direction le Cameroun, puis la Côté d'ivoire, le Mali, la Tunisie et ses prisons, l'Algérie. Le 1er mars 2004, il entre au Maroc. « Des étudiants m'ont parlé de l’existence des deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla et de la possibilité d'entrer en Europe. Je suis donc allé à la forêt de Ben Younès. J'ai trouvé ici des campements faits de bric et de broc avec des sacs plastiques. J'ai découvert la vie ici, un bout d’enfer ! » Placide se souvient du quotidien dans la forêt, « des poux, de la crasse et des insectes. »  Il explique avec une colère froide avoir vu passer la contrebande à travers le grillage. Il mime les attaques à l’échelle. Il raconte comment en mars 2005, il met pour la première fois le pied en Europe avec cinq autres personnes. « 2 minutes 30 secondes, montre en main, un record ! », sourit-t-il. Refoulé à Oujda, il revient à Ben Younès, avec l'espoir chevillé au coeur de retenter sa chance. « Le 16 septembre, je suis reparti à Rabat pour faire renouveler mon papier du HCR. On sentait déjà que quelque chose allait se passer. » Treize jours plus tard, dans la nuit du 28 au 29 septembre 2005, le drame se produit. « Tous mes amis ont été enlevés et moi, je suis resté seul ».

 

Déportés au désert

 

Parmi ses amis, un compatriote, le pasteur évangélique Willy Bayanga. Une grande silhouette imposante qui nous rejoint justement dans la pièce. Lui a fait parti des Africains déportés au désert par la police marocaine. « Ils nous ont emmenés près de Rachidia dans des camions à sable. Puis ils nous ont laissés sans eau, ni nourriture. Mes compagnons étaient désespérés. Certains sont morts. Beaucoup sont devenus fous. Nous avons finalement réussi retrouver notre chemin en suivant les traces des pneus », explique-t-il. Il a rejoint à Rabat à pied, 700 kilomètres en quinze jours de marche. Il partage désormais l'appartement avec Placide.

 

Le lendemain, Placide Nzeza doit nous quitter pour se rendre à Oujda (1). C'est donc le Pasteur que l'on retrouve à Takaddoum vers onze heures pour l'accompagner dans sa tournée. Chaque jour, Willy Bayanga va faire ses visites pastorales, distribuer un peu argent, s'enquérir de la santé du nouveau-né d’une jeune mère nigérienne. Ici, les communautés se sont regroupées par nationalité dans des bâtisses sombres louées très cher à des bailleurs marocains. Au travers des rues étroites, on pénètre par des petites portes en fer, après avoir montré patte blanche. La méfiance et la peur sont là, toujours. Les arrestations sont quotidiennes.

 

Chez les Ivoiriens, une soixantaine de jeunes hommes vivent dans une pièce et un couloir où est étendue une rangée de matelas. Leurs visages sont usés. Leurs paroles rares, douces ou enflammées. Souvent, les traits s'animent sous la colère et l’incompréhension. Et quelques mots plus loin, s'apaisent. Casquette sur le crâne, Loussen est le dernier arrivé. Depuis l'Algérie, il a rallié la capitale à pied en moins de trois semaines. Epuisé, il dort. Son voisin est plus bavard. « Le HCR n'arrive pas à s'occuper de nous. Dès qu'il y a un problème de santé, c'est toujours l'argent qui doit sortir de notre poche. » Et lâche fataliste : « Si j'avais su, je ne serais pas venu. Là-bas, j'ai laissé toute ma famille, mes amis. » Juste à côté, les Maliens et les Sénégalais partagent les mêmes lieux. C'est là que le Pasteur Willy s’est réfugié à son retour du désert. Une discussion s'engage avec Balla Sylla, un jeune harraga sénégalais. Il a quitté Dakar en brûlant ses papiers, consumant son droit au retour. « Plusieurs membres de ma famille ont réussi à passer en France. Deux fois, j'ai essayé de passer aux Canaries en pateras. Deux fois, nous avons échoué. Mais je continuerai. De toute façon, revenir au pays, c'est tellement honteux ! »

 

Sans-destin

 

Au fil des visites du Pasteur, ce sont les récits de vies clandestines que l'on écoute. Camara est un bachelier guinéen. Ce jeune homme à l'immense sourire montre non sans fierté son diplôme plié soigneusement que les autorités marocains n'ont pas déchiré. En revanche, son papier du HCR n'a pas résisté à un contrôle. En septembre 2005, lui aussi a été déporté au désert avec le Pasteur. « C'est incroyable. Tout le monde sait que la Guinée est aux mains d'un dictateur. Nous ne devrions pas être ici. Nous devrions travailler là-bas, continuer nos études. C'est écoeurant. » Quelques rues plus loin vivent Mama Vita et ses trois grandes filles Karine, Flore et Octavie, violées au Niger. Pour participer à l'argent du loyer (près de 300 euros), elle doit aller mendier au centre ville ou dans le quartier chic de l'Agdal. Mama Vita raconte le racisme ordinaire, l'impossibilité de se faire soigner, la violence de la police. « Notre statut de réfugié ne nous protège absolument pas. On nous insulte, on nous crache dessus en nous criant dessus “Azzia, Azzia“ (Noirs). » Et avec son doigt entaillé lors d’une agression, elle pointe le ciel pour prendre Dieu à témoin. « Vous n'avez plus le droit de nous appeler hommes, ni même clandestins. Nous sommes devenus des animaux. » Et d'un coup, son visage reprend le masque d'une lassitude et d’une tristesse immenses.

 

Jean Abbiateci 

 

Reportage paru dans Témoignage Chrétien du 14 septembre 2006

 

 
http://jeanabbiateci.hautetfort.com/album/subsahariens_vies_clandestines_maroc_/

Commentaires

C’est avec des larmes et inquiets que je tiens à vous relater les évenements ou menasses(agressions) que je viens de subir depuis le vendredi 08/02/2008 vers 18 h aux environ je venais de la priere à j5 j’etais tout seule en me dirigeant vers la fondation orient-occident pendant que je voulais arrivé près de la fondation,j’ai étais interpellé par quatres policiers ceux-ci me demanda de me presenter dit-ils "nous sommes la police"je leurs dit je suis réfugié en montrant ma carte de refugié ils repliquerent ça ce quoi ? j’ai repondu ce la carte de refugié comme j’avait ma bible sur moi ils me demanda du nouveau quelle est cette livre ? j’ai repondu la bible ils ont dit :donc tu es un chretien ? oui je suis chretien ma reponse et ils confusquerent ma bible sur place et la dechura furieux sans tenir compte de la dite document(carte de refugié)que j’avais presenté ils m’embarqua dans une jeep cherokee de la couleur rouge à l’interieur il y avait des rideaux de la sorte je ne pouvais voir la route qu’ils m’amener et mirent la musique très fort pendant que l’un conduit les trois etaient à côté de moi j’ai posé cette question"où est-ce que vous m’amené" ?ils repondu tais-toi !! azia qui signifie noir il me ligota en même temps et les yeux bandé j’ai commencé à crier mais qui dévait me secourir ?il me conduisi pour une destination inconnue les pieds et mains lier comme un voleur tabassé avec les coût sur la poitrine mon telephone sonna ils ont decroché et mis sur mon oreil celui qui m’appelé c’est un congolais il me demanda en lingala Archipes ndenge nini ? qui signifie Archipes comment vas-tu ?sans savoir qui etait celui qui m’appelé j’ai repondu on m’as arreté en pleurant et ceux-ci racrocha l’appel et fermer mon portable subutement on arreta la voiture après quelque distance m’enfermant dans une chambre très noir sans fenetre ni aucun trou qui peut faire entrer la lumiere ils ont pris mon portable et laisser la carte SIM ils me laisserent tout seule delier et me donna du pain et une sardine avec une assiette en plastique rempli d’eau la porte etait en metal dur bien enfermer toute la journée du samedi personne ouvra cette porte vers minui il ouvrerent la porte comme j’etait delier je voulais m’enfuir par force ils reussirent à me ligoté les pieds et les yeux ouvert puis retourner mais ce dimanche 10/02/2008 toute la journée personne n’entra dans cette chambre alors après une longue durée l’un parmi eux entra,il pissa sur moi il m eforça d’avaler ses superme et ses urines j’ai crié en pleurant il me deshabilla et m’introduit ses doigts sur l’anus me serant pour me sodomiser alors j’ai crié fortement ses collegues ont entendus et sont venu dans cette chambre trouvrer ses doits penetré sur mon anus ils commencerent à discuté entre eux il me disa de mettre mes habits alors il prire mon portable et une somme de 45 dirhams ils me rendu la carte SIM et ma CARTE DE REFUGIE (statut)ET banda encore mes yeux et ligoter mes pieds ils ont demarrer la voiture après certaine distance ils arreterent la voiture et me fu marché eux même en me soulevant il me deposa quelque part disant reste coucher par terre après quelques minutes j’ai senti un silence ;comme les mains etait delier j’ai pris courrage d’ouvrir cette bandage et ouvrir mes pieds j’ai vu personne et il fesait sombre je me suis retrouvé dans une forrêt je voyé la lumiere un peu loin j’ai marché quelque kilometre j’ai vu une grande route et on as mentioner dans un panneaux Salé-jadida j’avait rien j’ai rencontré beaucoups des personnes mais quand j’essaie d’expliquer les problèmes personne ne comprends français j’ai demandé l’heure il me montra dans leurs portable et c’estait 23 h. j’ai demmandé l’aide et une jeune fille me donna une somme de 10 dh après 5 m de marche j’ai vu un texi blanc qui s’arreta me demanda où vas-tu ? j’ai repondu medina il avait deux clients et quand j’ai essayé d’expliquer ce qui m’avait arrivé un papa voulu me payer le transport mais le chauffeur refusa il m’amenant sans rien payer il me deposa à medina non loin des orangers j’ai encore pris un taxi bleu pour me deposer à douar mais le compteur s’indiquant à 10dh au moment où nous sommes arrivé vers l’hopital moulay youssef je lui ai dit de me deposer j’ai continuer à pied jusqu’à la maison je suis vraiment choquer j’ai mal à la poitrine et au pied droit pourquoi nous les noirs africains sommes nous maltraiter au maroc ? ou bien vivre au maroc c’est un peché ? et voilà les réalités des choses que j’ai vécu moi-même

Et ce matin je viens de passé au bureau de HCR à rabat pour bien expliquer ce qui m’avait arrivé j’ai etais ecouter par une angente.

mais à la fin elle ne m’as rien porté comme solution je suis retournné très desolé et à pied je suis vraiment malade je me suis rendu jusqu’au bureau de medecin du monde j’ai rencontré une damme du nom de anne elle m’as donné du thé et gateau puis appela une personne de la caritas nommée Nathalie elle est venu dans une voiture et m’amena jusqu’à opals et retourner en suite on m’as consulter oralement puis me faisant un ordonnance et recuperé les medicaments dans une pharmacie depuis ces evenements degradant suis deprimer j'ai mille fois parlé au hcr de me donner mon titre de voyage pour que je quite ce pays car je crains de vivre dans ce pays mais depuis là aucune solution n'as etais prise pour moi .merci pour votre intervention.


Identité : de la carte de refugié

Mabiala Nsamuambote Archipes

sexe : masculin

né le 10/09/1989 à kinshasa rd congo

Numero de la carte:918-00003304

Numero de télephone: 00212 75246632
rabat/maroc

archipesmabiala@yahoo.fr

Ecrit par : ArchipesMabiala | 02 août 2008

je suis très triste de vous racontés ce qui m'es arrivé car depuis le 15 juin de cette année nous etions devant le bureau du HCR maroc,nous réfugiés pour reclamer notre reinstallation dans un autre pays tiers alors après 2 reunion de negociation avec le representant de HCR Monsieur Johaness van der klaauw et cela n'aboute à rien,ce qui as fait que le sit in ne puisse s'arreté mais dans la nuit du 26 juin vers 1h du matin environ nous avons étés encercler par les autorités marocaine avec toutes sortes d'armée qui existe dans ce pays nous etions delogés par force dans cette nuit et conduit à 3 groupes dans les differents endroit avec de violence mais à l'aube du 27 juin ce fut un samedi dans un quartier youssoufia nous etions abandonnés dans la rue toute la nuit et dans la journée il eut la violence car la police nous ont gravement batu et il y eut des blessés la plus part des réfugiés qui sont blessés sont des ivoiriens mais après Mr Johaness est venu là où nous etions exposés il nous as promis d'avoir comprit et etre conscient de la souffrance que parcours les refugiés au Maroc en nous assurants de nous trouvés la solution viable en fiuxant une date de la seconde dialogue pour elaborer un agenda ou calendrier pour le pour la reinstallation de refugiés dans un pays tiers mais dommage, car celui ci change de temps en temps la date du rendez vous c'est le 02/07/2009 mais arrivée à la date propice,celui ci changant l'avis que il est au maroc pour l'intregration des refugiés aussi longtemps que les autorités marocaines ont dit ouvertement qu'il n'auras jamais l'integration pour nous refugiés sans carte de sejour et sans logement et comment devons nous vivre? Moi suis arrivé au maroc à l'âge de 16 ans et maintenant j'ai 20 ans suis sans famille,que dois-je faire pour vivre dans cette situation ilegale? mais ce jeudi 02 juillet la date prevue pour la negociation vraiment la police marocaine est venu nous menassés d'une violance degradant dont moi même suis victime d'une grande blessure à la tête car je suis tabassé par matraque electrique il y eut un grand nombre des blessés parmi nous et un mort j'ai le trouble morale car je suis tomber par imoragie j'ai seigné nous etions redu à l'embassade des etats-unis pour demander l'exile mais nous etions poursuivie jusque là nous etions gravement massacrer par la police marocaine plusieurs refugiés se retrouvent encore dans une situation grave à l'hopital de suissi et d'autre refugié furent enlever par la police jusqu'à ce jour porter disparue des refugiés nous sommes en insecurités au maroc nous n'avons aucune protection de la part du HCR et nonplus du gouvernement marocain nous denonçons de la maniere dont nous sommes maltraités au maroc,nous lançons l'appel aux sieges des UNHCR GENEVE de venir intervenir pour pouvoir chercher une solution viable dans un bref delais et appelons l'ONU,UNICEF,MONUC,et la communauté internationale de venir intervenir pour les refugiés subsahariens au maroc parce que nous subissons la discrimination raciale au maroc nous sommes exposés aux dangers.

Ecrit par : archipesmabiala | 04 juillet 2009

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