18 mars 2006

VILLEVÊQUE, UNE PASSERELLE SUR LE FOSSE DES GENERATIONS

Les expériences d'habitat intergénérationnel sont encore atypiques en France. A Villevêque, le Village des générations tente de tisser des liens au quotidien entre le premier et le troisième âge.


Les couloirs du hall d'accueil résonnent encore du silence de la nuit. Et puis, venu des couloirs, monte le claquement régulier des cannes. M. Labrunie et Mme Pinteau, deux octogénaires, s'approchent tranquillement. Tendons encore un peu l'oreille. Au travers des murs, des petites voix d'enfants s'entremêlent dans un joyeux brouhaha. Sommes-nous dans une maison de retraite ? Pas tout à fait. Une crèche ? Pas exactement. A 15 km d'Angers, le Village des générations est l'une des rares expériences d'habitat intergénérationnel : ici, les soixante résidents des Couleurs du Temps et la douzaine d'enfants du Nid du Loir cohabitent sous le même toit. Ouvert en 2004 par la Mutualité Française Anjou-Mayenne, ce village a vocation à favoriser les rencontres quotidiennes entre anciens et enfants. Dans les couloirs, à la cantine, à pied, en fauteuil roulant, à trottinette. L'architecture du lieu a été conçue dans ce but. « C'est un vrai choix philosophique : vivre ensemble sans cloisonnement ni ségrégation », s'enthousiasme Fanny Gardie-Moyon, directrice de la crèche.


Un jeudi sur deux, la matinée est consacrée à des ateliers inter-âges. Au menu : cuisine, théâtre ou chorale. Revoilà Mme Pinteau qui couve d'un oeil bienveillant les deux blondinets serpentant entre ses jambes. A 89 ans, elle s'est retrouvée à Villevêque après un essai avorté de trois semaines dans une maison de retraite plus classique. « C'est vrai, je n'ai pas bon caractère », confesse-t-elle. Aujourd'hui, c'est une fervente fidèle des jeudis. « Moi, j'ai été élevée très durement. Côtoyer ces petits m'offre une jeunesse que je n'ai jamais eue. » Mme Lecomte, une ancienne institutrice, surenchérit : « Les enfants découvrent que les personnes âgées leur ressemblent, comme leurs grands-parents. » Illustration immédiate avec M. Labrunie qui, en compagnie de deux marmitons de 2 et 3 ans, met la main à la pâte à crêpes.


« Ne pas infantiliser les personnes âgées »

Certes, tous les pensionnaires se s’impliquent avec le même degré. Mme Poireau vient rarement aux rencontres, mais reprise les bavoirs et les turbulettes. Quant à ces trois résidantes assises devant leur poste de radio, elles préfèrent visiblement les Magnolias de Cloclo aux gazouillements des petits. « Nous essayons de ne pas infantiliser les personnes âgées, insiste Madeleine Ménard, la directrice de la maison de retraite. On ne leur met pas de force des enfants dans les bras parce que ça fait joli. » Pour elle, ce mode de fonctionnement a des vertus sociales. Cet ancien s'était recroquevillé sur ses démences, il s'est rouvert au contact des enfants.

 

Parfois, la mort rappelle que les premières années des enfants sont aussi les dernières des résidents. « Juste avant Noël, nous avons eu le cas d'un décès d'une fidèle du jeudi. L'équipe a accusé le coup. Mais nous avons préféré l'annoncer aux enfants. »

 

A Villevêque, il semble donc que la mayonnaise intergénérationnelle ait pris. Pourtant, ce concept qui peut sembler dans « l'air du temps » s'est heurté à l'hostilité d'une partie de la profession. « Un médecin craignait que les personnages âgées transmettent leurs microbes aux enfants. Dans la réalité, c'est plutôt l'inverse ! » Il a donc également fallu bousculer les habitudes du personnel. Mais sans regret. « Ce mode de fonctionnement apporte à tous plus d'humanisme et de respect. » Mme Pinteau, « poursuivie » par un bambin en trottinette, ne dira pas le contraire.

 

(Reportage paru dans Village Magazine, mai-juin 2006)

Commentaires

Monsieur,

J’attache une grande importance à l’accompagnement des familles. Face au nombre important de jeunes enfants en Isère et au vieillissement de la population, le lien entre les générations devient une composante essentielle de notre société.

C’est dans ce contexte que j’ai lancé il y a quelques mois mon projet de création de crèche intergénérationnelle : une structure d’accueil de jour pour la petite enfance et les personnes âgées. Les grandes lignes de ce projet sont : offrir un accueil de qualité aux jeunes enfants et aux personnes âgées, respecter les rythmes de chacun, travailler en continuité avec les familles et favoriser l’entraide entre les générations. J’envisage d’accueillir 12 enfants et +/- 10 personnes âgées, dans un local d’une surface de 200 m2 minimum avec jardin (voir mon projet sur youboss.tv).

Je suis en train de finaliser l’étude de besoins et de renforcer mon réseau en rencontrant les acteurs du domaine sanitaire et sociale de la région. C'est pourquoi je serai très intéressée par en savoir plus sur cette expérience que vous décrivez à Villevêque. N'hésitez pas à me contacter pour m'envoyer toutes les informations complémentaires que vous pouvez partager.

Je vous serais très reconnaissante de votre soutien.

Cordialement,

Céline Lafont

Ecrit par : Céline Lafont | 03 décembre 2007

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